La pose de carrelage en extérieur, sur une terrasse ou un balcon, est l’un des exercices les plus périlleux du bâtiment. Soumis au gel, à la chaleur (chocs thermiques) et à la pluie, le carrelage subit des contraintes mécaniques extrêmes. Pour éviter que les carreaux ne sonnent creux ou ne se décollent après un hiver, une technique est souvent citée comme obligatoire : le double encollage. Mais attention aux confusions : le double encollage garantit la tenue, mais il ne garantit pas à lui seul l’étanchéité au sens strict du terme.
Qu’est-ce que le double encollage ?
Traditionnellement, on applique la colle sur le sol avec un peigne cranté (simple encollage), puis on pose le carreau. Le double encollage consiste à appliquer la colle (mortier-colle) sur le support (le sol) et une fine couche de colle au dos du carreau (le beurrage), avant de le poser.
Cette technique est obligatoire selon le DTU (Document Technique Unifié) pour les carreaux de grand format (généralement > 30×30 cm ou > 900 cm²) et quasi systématiquement en extérieur pour garantir une parfaite étanchéité.
Pourquoi est-ce vital en extérieur ?
L’objectif premier du double encollage en extérieur n’est pas d’ajouter « plus de colle », mais d’assurer un transfert total et de supprimer les bulles d’air.
Si vous faites un simple encollage, les stries de colle s’écrasent, mais il reste souvent des petits canaux d’air vides entre le carreau et le sol.
En extérieur, ces vides sont des pièges dangereux :
- L’eau s’infiltre par les joints qui vieillissent.
- L’eau stagne dans les poches d’air sous le carreau.
- En hiver, cette eau gèle. En gelant, elle augmente de volume.
- La pression soulève le carreau qui se fissure ou se décolle (« claque »).
Le double encollage, en beurrant le dos du carreau, permet de combler ces vides lors de l’écrasement. On vise un taux de remplissage de 100 % sous le carreau.
Distinction importante : étanchéité vs adhérence
Le titre de cet article pose une question piège. Le double encollage garantit l’adhérence et la pérennité du revêtement, mais la colle à carrelage n’est pas un produit d’étanchéité. Même avec un double encollage parfait, l’eau finira par migrer à travers les joints et la colle.
Si vous voulez garantir l’étanchéité de la terrasse (pour protéger la pièce située en dessous par exemple), le double encollage ne suffit pas.
Il faut impérativement appliquer un Système d’Étanchéité Liquide (SEL) ou une natte de drainage/désolidarisation sous le carrelage. C’est cette membrane qui arrête l’eau, pas la colle, ni le carrelage.
La technique pour un double encollage réussi
Pour que le système fonctionne, il faut respecter quelques règles :
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Le choix de la colle
En extérieur, utilisez impérativement un mortier-colle classé C2S1 ou C2S2. Le « S » signifie « Déformable ». Cette souplesse permet à la colle d’absorber les dilatations du carrelage au soleil sans casser.
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Le peigne adapté
Utilisez un peigne à dents carrées ou demi-lune de taille suffisante (U9 ou E10 pour le sol) pour avoir assez de matière.
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Le geste
Beurrez le dos du carreau avec le côté plat de la taloche (couche fine mais continue). Posez le carreau.
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L’écrasement
Ne posez pas juste le carreau. Il faut le maroufler ou le battre pour chasser l’air et mélanger les sillons de colle du sol avec la couche du carreau.
Le double encollage est la ceinture de sécurité de votre terrasse. Il empêche l’eau de stagner sous vos carreaux et de tout faire sauter au premier gel. Mais pour une terrasse parfaitement étanche, il doit être combiné à une forme de pente correcte (1,5 %) et à un véritable système d’étanchéité sous-jacent. C’est l’addition de ces précautions qui fera la différence entre une terrasse durable et un champ de ruines après cinq ans.